MegaUpload, le piratage et la consommation de biens culturels
Ce billet est issu (à l'heure actuelle, ok, copié/collé) d'un commentaire écrit sur Google+, plus précisément sur ce post: https://plus.google.com/106017913460920290897/posts/ba1oXLEHMPJ. Pour être honnête, je me suis pas mal déchiré à l'écrire, si vous me permettez l'expression, et j'ai eu envie de faire de ce petit commentaire mégalo un billet réel. Je l'améliorerai un petit peu dans le temps si j'ai le courage.
Le fait est que beaucoup aimeraient en apparence disposer gratuitement de biens culturels. Cela est sans doute dû à l'apparente gratuité d'internet, comme vous l'appelez, même si la publicité change sacrément la donne. C'est un fait indéniable au vu des milliards de dollars brassés par cette industrie. Milliards et gratuit sont rarement compatibles.
Mais on ne peut pas restreindre la situation à ceci. Le fait est qu'internet prouve que la diffusion et la consommation de musique / films / séries / livres (malheureusement, mais pour des convictions personnelles de vieux cave / rat de bibliothèque) est désormais simple. Tout ceci peut être transféré en quelques minutes sous forme de simple fichier, avec une dégradation proche de zéro du bien original. L'objet n'est plus unique (33 tours, cassette audio, cd...), et se dématérialise, en tout cas pour une partie de sa consommation. On ne peut le nier.
Partant de là, il est fatal que les gens préfèrent la solution simple. Celle-ci est d'autant plus encouragée par la richesse grandissante de possibilités de consommation: lecteurs mp3, autoradios mp3, streaming (plus besoin de stocker, plus de risque de perte, plus de risque de vol (sauf par le marchand, mais c'est un autre sujet)), téléphones, lecteurs de salon, tablettes, j'en passe et des meilleurs.
Un autre fait est que les industriels majeurs de ce domaine, qui s'approchent l'air de rien d'une situation de monopole en termes de parts de marché, ont refusé de considérer ce changement culturel. Il s'est fait. Il pouvait se faire avec eux, ou sans eux. Il a été fait sans eux. Ils ne peuvent maintenant que réagir, au lieu d'agir. Et l'action choisie est pour une grande part la répression. La situation s'améliore, notamment via Apple (à mon grand dam), qui a su voir un besoin, et y répondre, laissant les ayants droits tributaires d'une entreprise privée qui est désormais en mesure de dicter sa loi. Si quelqu'un agit à votre place, vous perdez la main, et la reprendre coûte du temps, et de l'argent.
Fournir des moyens de distribution à grande échelle pour des medias, sans prendre en compte le côté légal, est actuellement difficile: fort niveau de technicité, besoin de stockage monumental, coûts d'infrastructure... MegaUpload avait réussi, armé de plus de 1000 serveurs si mon souvenir est bon. Par contre, la distribution par P2P fonctionne, ne nécessite aucuneinfrastructure mis à part le réseau, et est même une réponse technique intelligente et durable.
Mais les créateurs méritent d'être rétribués pour leur création. C'est un fait. Nier ceci est de la malhonnêteté intellectuelle. Il y a eu, il y en a, et il y en aura. Nous fonctionnons actuellement par un système de droits acquis et acquérables, mis en oeuvre par des sociétés de gestion collectives. Les ayants droits font tout leur possible pour prolonger ceux-ci au delà de ce qui avait été prévu au début, généralement quand ceux-ci vont arriver à expiration (voir les USA, avec les modifications encore récentes de la durée des droits, et la sortie du domaine public des oeuvres de Freud ou Tolkien). Les sociétés de gestion collective suivent, avec leur lot de casseroles (certains parleront de salaires indécents, etc).
Cette complexité pèse sur les potentiels nouveaux acteurs de ce domaine. Exemple franco-français: Deezer, qui doit provisionner chaque année des sommes faramineuses, payables d'avance, pour avoir le droit d'exploiter des catalogues (à enrichir par sources). Partant de ça, il est clair et net que pour se lancer dans ce domaine, il faut une assise financière. Assise que megaupload avait, malhonnêtement, je vous l'accorde, acquise. Les faits semblent prouver qu'ils voulaient se lancer dans le légal. Ils ne le feront pas, donc nous ne saurons jamais si cela aurait marché.
Je n'ai pas la solution, mais je crois que la lutte actuelle échange / ayants droits et vouée à l'échec dans son état actuel. La technologie aura toujours un temps d'avance, sauf si on la freine (filtrage par DPI), avec les dérives que l'on connait et soupçonne. Je suis persuadé dans mes tripes qu'il existe de meilleures solutions. Des sites de streaming / téléchargement gratuits existent, avec des oeuvres de qualité, et une license. Comment vivent les auteurs ? Des initiatives telles que Flattr semblent donner des fruits. Nous regardons une quantité illimité de certaines chaines de TV, et écoutons la radio sans restrictions. Ceci est financé et par la pub, et par la redevance, sans que nous ne trouvions cela anormal. Pourquoi ces solutions ne seraient elles pas applicables, par de nouvelles méthodes, adaptées à de nouveaux modes de consommation ?
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