La conscience environnementale, moteur de la croissance ?

Je regardais TV5 Monde il y a quelques minutes, et je suis tombé sur une émission autour de l'environnement assez enrichissante. Elle m'a fait me demander si la prise de conscience environnementale n'était pas un élément incontournable et parfaitement intégré à notre système capitaliste. Rien que ça. Le tout en donnant du chou-fleur à mon fils de 11 mois...

Tout d'abord, petite introduction: mes connaissances en économie sont très limitées. Je pense avoir une compréhension à peu près correcte de notre fiscalité et des mécanismes de la finance. Ce qui suit est clairement une vulgarisation, et il est plus que probable que j'y commette des erreurs. Je présente par avance mes excuses pour tout saignement des yeux suite à la lecture d'une boulette de type léviathan. N'hésitez pas à me faire part de vos blessures, et je ferai de mon mieux pour y remédier, dans le texte tout du moins.

Et le patient zéro de notre économie est...

Notre système actuel se résume à ceci: le crédit crée la liquidité. Les sommes d'argent qui existent dans le monde entier n'existent que parce qu'une banque, quelque part, a dans une petite colonne "débit" une série de chiffres. Tout le reste n'est que question de confiance: la banque émettra ce crédit est émis quand la banque juge probable que la personne souscrivant le crédit le rembourse. Les autres banques, qui recevront l'argent de ce crédit, font confiance à la banque l'ayant émis. Une fois le crédit remboursé, cet argent "cesse d'exister" au niveau de la banque l'ayant émis.

La personne a demandé ce crédit dans un but simple: dépenser de l'argent, sur des biens ou des services. Ces biens ou services sont créés ou prestés par d'autres sociétés, qui elle-même consomment des biens et services. Que trouve-t-on si on va au bout de la chaîne. De quoi ne peut-on au final pas se passer ? De matières premières. Nourriture pour faire fonctionner les gens, hydrocarbures, combustible nucléaire, énergie solaire, métal, pierre, sable, eau... on les appelle sans doute matières premières pour cette raison, maintenant que j'y pense. Bref.
Nous savons tous qu'une partie non négligeable de ces matières premières, en l'occurence les non renouvelables, ne sont pas illimitées. Le pétrole peut en soi se recréer, mais bon, ça va prendre un petit peu trop de temps pour qu'on intègre une miraculeuse nouvelle vague de pétrole dans nos calculs économiques, même à long terme. Le combustible nucléaire ne pousse pas vraiment sur les arbres, et va devenir de plus en plus rare et de plus en plus cher. Rappelons quand même que selon les estimations, le pic de fourniture d'uranium devrait être atteint en 2035. Dans un peu plus de 20 ans. Le prix du combustible va augmenter, et je ne suis pas sûr que s'engager dans une poursuite totale du programme nucléaire soit un très bon investissement sur le futur vu la durée prévue de ces investissements (20 ans ? 30 ans ? on n'a pas encore trouvé la fin. Mais je diverge.

Sans matière première, pas de croissance. Sans croissance, le système s'effondre

C'est assez évident. La croissance dépend entièrement d'un afflux suffisant de matières premières. Si leur prix augmentent, plus d'argent sera nécessaire pour fournir le même travail, et la marge restant pour investir et consommer baissera. L'afflux de matière première diminuant, la confiance baisse. Comme la confiance baisse, les banques accordent moins de crédits. Moins de crédit veut dire moins de liquidités dans le monde. Le PIB baisse, la croissance est négative. Les "marchés" ont peur, et la croissance est exponentielle, car les investissements diminuent de peur que... les investissements ne diminuent. Je vulgarise sacrément, mais ça me parait être l'essence même de notre économie.

Bien entendu, les matières premières ne font pas tout. D'après wikipedia et Daron Acemoglu, on  distingue quatre causes fondamentales de la croissance : l'environnement naturel, la culture, les institutions et la chance. Je ne parle ici que de l'environnement naturel, je pense, mais je ne pense pas que ça mette en cause l'idée de base.

Du coup, si on veut stimuler la croissance, il faut augmenter la quantité de matières premières. Bravo Sherlock... ok, ça parait idiot dit comme ça. Idiot mais vrai. Comment avoir plus de matières premières ? En extraire plus, c'est ce qu'on fait le plus souvent. Recherche de gisements, augmentation de la production, amélioration des outils et méthodes (gaz de schiste, anyone ?) etc. Mais pourquoi se limiter aux matières premières extraites et récoltées ?
Etendre le cycle de vie de la matière !

Généralement, on fabrique un objet, à partir de diverses matières premières. Du pétrole pour le plastique, du bois comme matériau de construction, d'emballage et pour le papier, du minerai pour ce l'acier, du cuivre, et autres terres rares en diverses quantités... la liste est longue. On ajoute les sources d'énergie (pétrole again, charbon, solaire, éolien...), et on mélange le tout avec de la main d'oeuvre, qui mange. Hop, on a un produit ou un service. Le produit a une durée de vie. Parfois très courte (nourriture par exemple), parfois très longue (maison, route, voiture). Le moment qui nous intéresse est la fin de ce cycle de vie; même si entre le début et la fin, on trouve d'autres sources de matières premières comme la location ou revente, qui créent à leur tour de l'argent.

Mais quid des "résidus" de l'objet ? De nos jours, on essaie de le recycler. Papier, bouteilles plastiques (qui peuvent finir en sacs à main), compost sur les matières organiques, métal, huiles de cuisson, terres rares... la liste est très longue. L'alternative est la casse/l'incinération. La destruction, en bref. Et que fait-on si on diminue la part de destruction ?

On recrée de la valeur en créant de la matière première.

Je pense sincèrement que se lancer dans la revalorisation de déchets est un très bon plan à l’époque actuelle. Les statuts d’entrepreneurs sont assez ouverts, même si de telles installations peuvent demander des investissements matériels non négligeables.

Nous cherchons comment réindustrialiser notre pays à tout prix. Soit, si on reste dans une optique de croissance, c’est parfaitement raisonnable. Nous sommes battus sur la plupart des matières premières. Pas de pétrole, pas de gaz, pas de charbon, plus vraiment de métal, même en traitement de début de chaîne... on se lance doucement sur les énergies renouvelables, mais notre géographie est trèsdiverse, et demande de progresser sur tous les fronts.

Les montagnes de déchets aux différentes étapes de production et de consommation sont je pense assez peu revalorisées. Les déchetteries deviennent une habitude dans les banlieues, mais le tri sélectif est à peu près la seule alternative en ville. Peut-être que je sous estime ce qui est déjà fait, ou même les coûts de ces filières... mais il me semble que ceux qui décideraient de se lancer là 
dedans pourraient bien avoir lancé quelque chose de grand dans quelques années.

Le capitaliste visionnaire se rendrait sans doute compte que devenir avant les autres un géant de la revalorisation de ce que l’on jette serait un assez bon plan, et il pourrait sans doute faire pire pour la planète.

P.S. J’ai écrit ceci assez rapidement, suite à une idée. Je ne suis pas particulièrement fier du résultat (non relu en diagonale sans réelle modification). J’en resterai sans doute là, mais je n’exclus pas le fait de repasser là dessus un jour et d’en faire une v2 plus construite, illustrée et aboutie. Mais comme je ne le ferai pas maintenant, je préfère envoyer ce que j’ai.